RÉSILIENCE

Le parcours de José-Luis et sa famille de la Colombie au Québec


J’ai connu José-Luis alors que nous étions tous deux intervenants au Centre multiethnique de Québec. Il s’agit d’un organisme qui accueille les nouveaux arrivants dans la région de Québec et qui les aide dans leur intégration à plusieurs niveaux. Il n’a pas hésité quand je lui ai demandé s’il voulait me partager son histoire, ce qu’il a fait avec beaucoup d’ouverture et de générosité. Ses proches et lui m’ont accueillie si chaleureusement lors de ce souper familial.

José-Luis - Tout commence avec ma sœur aînée qui a décidé de venir au Canada à la suite d’une situation de violence qu’elle a vécu en Colombie. Son mari a été tué par un groupe armé très puissant au pays. Il était ingénieur civil et construisait des autoroutes. Il devait payer des amendes au groupe qui lui demandait toujours plus d’argent. Lorsque c'est arrivé, ma sœur a fait une demande de refuge au Canada pour assurer sa sécurité et celle de ses deux enfants. Ils avaient 4 ans et 5 ans à l’époque.

Elle est venue s’établir à Québec. Elle ne parlait rien de français quand elle est arrivée, et elle a complété la francisation et elle est aujourd'hui hygiéniste dentaire. Trois ans plus tard, ma mère, mon père, ma petite sœur et moi nous avons également fait une demande au Canada, pour notre sécurité. Nous sommes arrivés comme réfugiés pris en charge par l'État et nous avons rejoint ma grande sœur à Québec. Nous avons tous fait la francisation et ensuite j’ai débuté une formation pour devenir agent de service financier. J’ai fait mon stage dans une compagnie d’assurance mais j’avais une réticence à travailler dans le domaine et j’ai ensuite eu une opportunité avec le Centre multiethnique de Québec. Ils avaient besoin d’un interprète, j’ai rencontré la personne responsable et j’ai commencé à travailler le lendemain. Je suis ensuite devenu agent en milieu interculturel pour favoriser l’intégration des enfants immigrants dans les écoles. Je fais ce travail depuis 2009. J’ai été le premier agent scolaire et depuis le service a beaucoup changé et est devenu essentiel pour l’intégration des enfants immigrants en milieu scolaire.

J’ai rencontré mon conjoint la même année, nous sommes ensemble depuis 16 ans. C’est un partenaire incroyable, il est adoré par ma famille et il adore ma famille aussi. On est bien ensemble, on est heureux. C’était une partie de moi qui n’était pas épanouie parce que dans mon pays ce n’était pas évident d’être gay. Ça faisait partie des raisons qui m’ont poussé à quitter mon pays, je savais que le Canada était un pays très ouvert à ce sujet-là. Je voulais m’épanouir en tant que personne et ça a marché, avec lui c’est vraiment génial.

Le plus gros défi c’était la langue, on ne parlait pas français. Et aussi de retrouver ce qu’on avait en Colombie. Là-bas j’ai terminé des études en droit, mais je n’ai jamais pratiqué parce que je suis parti quand je venais d’avoir mon diplôme. Donc, de trouver une stabilité, c’était ça le défi. Parce que, quand tu arrives ici, tu commences à zéro, tu ne parles pas la langue, tu ne travailles pas, tu dépends du gouvernement, c’est très limité. Et je pense qu’avec le temps, on a réussi, on est intégré, on a la tranquillité et la sécurité.

Je ne suis pas encore retourné en Colombie, je n’avais pas cette envie avant, mais présentement, j’ai envie d’y aller. Pendant les 15 premières années ça ne me manquait pas, je ne regardais même pas les nouvelles du pays, c’est ma mère qui me les donnait. Maintenant que j’ai fait mon intégration ici, je m’ouvre au passé et ce passé me manque. J’ai envie d’y retourner, de voir les personnes que j’ai laissées, de manger la nourriture, d’aller découvrir tout ce qui a changé pendant près de 20 ans.

Mon père est décédé d’un cancer il y a 11 ans. Ça a été un moment très difficile. Mais il était content d’être ici, il est parti très reconnaissant des opportunités que nous avons eues.

Je me suis senti très accueilli en tant immigrant, je garde toujours mes racines colombiennes et je sens que j’ai changé, que mon regard et ma pensée ont évolué positivement. J’ai appris des choses, je me suis épanoui dans une société différente.

Pour résumer tout notre parcours, le mot qui me vient en tête c’est « résilience ». Ce n’était pas évident d’immigrer. Je pense qu’on a réussi, en ce sens que, on est bien, on a la sécurité, on a eu des opportunités pour refaire notre vie, on a une belle qualité de vie.