ATTRAVERSIAMO | Nous traversons
Le parcours de Séverine et sa famille de la France au Québec
Séverine est une des premières à avoir répondu à mon appel de volontaires sur les réseaux sociaux. Elle a tout de suite démontré beaucoup d’intérêt et d'enthousiasme pour le projet. Elle m’a fait part de son parcours avec confiance et m’a accueillie chaleureusement chez elle, entourée de sa famille. On y sentait beaucoup d'amour et de complicité.
Séverine - Je suis arrivée à Québec en juillet 2009, avec ma fille de 11 ans, mon fils de 7 ans, et mon mari.
En 2008, on entendait beaucoup parler du 400e de la Ville de Québec, dans des reportages ou magazines comme Géo. Nous avions déjà déménagé plusieurs fois en France, de la région parisienne à la Provence, pour finir par nous installer à Agen, ma ville natale. Nous n’avions pas une situation professionnelle totalement satisfaisante et les possibilités que pouvait nous offrir le Québec ont encouragé mon mari à me demander un jour si ça ne me tenterait pas de partir là-bas, sachant qu’on pouvait démarrer un processus d’immigration très encadré. Et j'ai dit oui!
Après avoir reçu le certificat de sélection du Québec, on a fait un voyage de prospection de deux semaines. D’abord à Montréal, ville que nous avions ciblée pour nous installer mais qui s’est avérée bien trop grande pour « délocaliser » nos enfants habitués à un petit village de France. Et quand nous avons visité la Ville de Québec, cela a été une évidence et un gros coup de cœur. La ville est magnifique et sa dimension nous convenait mieux, offrant plein de possibilités.
À ce moment-là, mon père était très malade et nous avons mis nos démarches en pause. J’avais besoin de l’assentiment de mes parents qui, contre toute attente, nous ont naturellement encouragés. Alors, nous avons fait la demande au fédéral pour obtenir nos visas et le statut de résidents permanents, et tout s’est enchaîné très vite.
Quand nous sommes arrivés à Québec, nous avons inscrit nos enfants au collège Stanislas, école française. Nous les avions sortis d’un petit village français et nous souhaitions leur faciliter la transition dans ce changement de vie. Plus tard, ils ont tous les deux intégré le système scolaire québécois, au secondaire et au primaire.
Concernant notre intégration, tout s’est très bien passé dans l’ensemble. Nous n’avons pas vécu de grands défis ni de chocs culturels. Nous sommes des personnes très ouvertes avec une bonne capacité d’adaptation. J’ai trouvé un emploi très rapidement qui m’a permis d’évoluer et qui correspond encore à mes attentes depuis 16 ans. Je me sens épanouie avec une belle conciliation travail-famille. À Paris, je partais travailler à 7h pour ne rentrer qu’à 19h. Ici, cette conciliation m’offre un équilibre et une qualité de vie que j’apprécie énormément.
On se sent Québécois, on aime notre ville. On est fiers d’être Québécois et fiers d’être Canadiens depuis 2014. La citoyenneté canadienne nous donne une ouverture différente sur le monde.
Le mot qui résume mon expérience est « attraversiamo » qui signifie « nous traversons » en italien. Mes enfants sont italiens par leur père et bien que nous ayons divorcé, nous restons tous attachés à l'Italie. Mes enfants et moi sommes allés nous faire tatouer ensemble l’année dernière et c’est le mot que j’ai choisi pour symboliser cette étape de notre histoire. Ça m’émeut chaque fois que j’en parle. Mon conjoint actuel me dit souvent « Les gens ne se rendent pas compte des sacrifices que tu as faits en quittant ton pays d’origine et ta famille, et le courage dont vous avez tous fait preuve ». C’est vrai pour tous ceux que j’ai laissés là-bas et qui me manquent énormément car je suis très attachée à ma famille et à mes racines. C’est ce qui demeure le plus difficile pour moi, le seul point négatif qui fait que ça accentue certaines épreuves de la vie.
Je suis très consciente d’avoir quitté un pays où il fait bon vivre. Je sais que ce n’est pas le cas de toutes les personnes qui ont fait ce choix d’immigration au Canada ou ailleurs. Je suis très heureuse et vraiment reconnaissante de la chance que j’ai de vivre ici. Je ne compte pas repartir, mais j’aimerais passer quelques mois de l’année en France lorsque je serai à la retraite. Le Canada et la France sont de très beaux pays, chers à mon cœur, comme le Québec!