Bɔsɔ | Le chemin de Linda et Daouda

de la Côte d'Ivoire au Québec


J’ai rencontré  Linda chez elle à deux reprises au début de l’été 2024. Originaires de la Côte d’Ivoire, son conjoint et elle ont eu la générosité de me recevoir et de me partager leur histoire. Merci à vous deux pour votre partage et votre patience. 

Linda - Honnêtement, de venir au Canada, ça n’a jamais fait partie de mes projets. Je suis arrivée ici parce que mon conjoint vit ici. C'est grâce à lui que j'ai découvert ce beau pays. Mon mari, Daouda, et moi, nous nous sommes rencontrés à Abidjan en Côte d’Ivoire. Puis il est venu ici étudier et deux ans plus tard, on s'est marié et je l'ai rejoint.

En Côte d’Ivoire, le français est la langue d’usage commune à tout le pays. Mais il y a aussi plus de 60 langues spécifiques à des régions et communautés. Tout le monde ne comprend pas la langue maternelle de tout le monde. Vous pouvez arriver dans une région où on parle par exemple l’attié, moi je suis Attié. Et puis vous allez aller dans une autre région où on parle le djimini, comme mon mari. Et puis vous pouvez arriver ailleurs, où on parle le bété, ou le baoulé, l'agni… Et chaque ethnie a sa spécialité culinaire. Il y a une diversité énorme. Il y a une richesse culturelle extraordinaire. Vous pouvez tout manger, tout ce que vous voulez. L’attié (ou Akié) c'est ma langue maternelle. Donc à la maison nos parents nous parlaient l’attié pour nous permettre de comprendre en grandissant et ils nous parlaient en même temps en français pour qu'à l'école on ne soit pas dépaysés. À l'école, on apprend le français et l’anglais, et on doit choisir aussi entre l’espagnol et l’allemand. Par exemple, moi j'ai appris l’allemand et mon conjoint, l’espagnol.

Je suis arrivée au printemps 2023, puis j'ai cherché du travail plusieurs mois. Je n'avais aucune expérience ici au Canada, donc c'était un peu difficile. J'ai passé plus de 30 entretiens. J'ai finalement été recrutée à deux endroits dans la même semaine, j'ai choisi l’emploi que j’occupe en ce moment et comme ça que c’est parti.

J'adore le Québec. Je trouve que tout le monde est très chaleureux. Les gens sont aimables, gentils, professionnels. Dans l'autobus, par exemple, mon porte-monnaie est tombé. Je vois que tout le monde veut m'aider et me le donner. Ce sont des petits gestes comme ça qui m'ont marquée parce que je sens que les gens se soucient des autres.

Un de mes plus grands défis a été le froid, c'est la première chose qui a fait que j'ai failli retourner dans mon pays. Quand je suis arrivée, c'était le printemps, mais le printemps québécois pour moi c'était plus froid qu'un hiver en Côte d'Ivoire. Chez moi la température est de 30 à 35 degrés. Il y a une saison qu'on appelle harmattan, c'est la saison sèche. Il fait très froid à cette période-là. C'est environ 16 degrés. Donc un Ivoirien qui arrive ici au printemps, il va trouver que c’est le harmattan de la Côte d’Ivoire.

Même en été, malgré le soleil, j'avais froid ici. Ah oui, j'avais froid, j'étais tout le temps en chaussettes au salon, je fermais tout, j'augmentais le chauffage parce que j'avais froid. Et imaginez l'hiver. C'était pas du tout facile, je n’aimais pas sortir. C'était très difficile parce que j'étais enceinte et je n’avais pas eu le temps d'acheter des vêtements de maternité alors je portais des habits que j'avais déjà. Chaque fois que je devais sortir, il fallait que je me double, fallait que je porte un collant, un autre collant, que je mette un jean, ici que je porte un t-shirt, que je mette un deuxième t-shirt, un troisième, un manteau, un bonnet… Je m'habitue maintenant parce que là je sors même! Vous avez vu que j'ai ouvert les fenêtres?

En Afrique quand tu as un bébé, tu es vraiment comme une princesse, tu ne touches à rien. Tu te lèves le matin, on te prépare à manger, tu manges, tu dors… Ton bébé, on le lave pour toi, on l'habille pour toi, on fait tout pour toi, jusqu'à peut-être 3 à 6 mois le temps que tu te remettes. Vous avez votre mère autour de vous, vous avez votre grand-mère autour de vous, vos sœurs, votre conjoint. Vous avez vos amis qui vont venir vous rendre visite. C'est vraiment formidable, tu te sens vraiment entourée et tu passes cette étape-là dans la joie.

J'ai une amie ici qui s’appelle Mireille, elle est vraiment très adorable et c'est elle qui venait faire la cuisine ici pour moi. Elle venait prendre les habits de bébé, elle les lavait chez elle, les repassait, les rapportait. Elle venait le samedi faire la cuisine, elle préparait plusieurs repas. Elle restait avec nous et s’assurait que tout aille bien. Elle m'a vraiment aidée et je n'ai pas tellement senti l'absence de mes parents.

Je communique tous les jours avec mes parents. Moi, j'étais très attachée à mon père depuis toute petite. C'était l'un des plus gros défis quand je suis arrivée. C'était même mon plus gros défi. Avant mon départ, je vivais à Abidjan et mon père vivait à Adzopé qui est notre ville natale. Quand la date de mon départ approchait, je suis allée lui rendre visite. J'ai voulu passer du temps avec lui pour lui dire au revoir sans qu'il sache que c'est un au revoir. Je suis restée avec lui pendant quelques jours, on a passé de bons moments. Et puis bon, après on s'est laissé, j'ai pris mes affaires, il me regardait par les claustras, il me regardait partir, j'avais le cœur gros.

Quand je suis arrivée ici on faisait chaque jour un appel vidéo, ça pouvait partir de 10h00 d'ici jusqu'à 15h00. On était ensemble, ensemble malgré la distance.

En gros, c’est ma petite histoire. Le mot «Bɔsɔ» (qui se prononce «Bosso»), qui signifie «chemin» dans ma langue maternelle, est celui qui décrit le mieux mon parcours.